L'ostéopathie en France

L'histoire de l'ostéopathie française est au moins aussi chaotique que celle de l'ostéopathie américaine. C'est également la cas dans bien d'autres pays...
On peut grossièrement déterminer deux grandes époques. L'avant 2002 (année du premier texte légalisant la pratique de l'ostéopathie par des non-médecins) et l'après 2002.

Avant 2002

Le précurseur

Un des premiers propagateurs de l'ostéopathie en France est sans conteste Le docteur Robert Lavezarri (1866-1977). Originaire de Nice, il se forme auprès d'une ostéopathe américaine, le Dr Florence Gair, élève de Still, et s'installe à Paris en 1936. En 1949, il publie un ouvrage sur l'ostéopathie : Une nouvelle méthode clinique et thérapeutique : l'ostéopathie. En 1950, il fonde avec quelques confrères passionnés la Société française d'Ostéopathie qui existe toujours.

L'Ecole Française d'Ostéopathie

En 1957, Paul Gény, un Kinésithérapeute ayant travaillé avec Robert Lavezzari, fonde, en association avec Thomas Dummer, un ostéopathe anglais, le premier collège d'enseignement de l'ostéopathie s'adressant à des kinésithérapeutes : l'École Française d'Ostéopathie.
En 1965, pour des raisons juridiques, cette école doit s'expatrier en Angleterre, à Maidstone dans le Kent, et devient l'European School of Osteopathy (École Européenne d'Ostéopathie). C'est dans ce collège qu'ont été formés bon nombre des premiers kinésithérapeutes ostéopathes français.

Les années 1960

Dans le courant des années 60, plusieurs praticiens formés à l'école de Paul Gény (Francis Peyralade, René Quéguiner, Bernard Barillon) poursuivent leur formation avec un ostéopathe anglais Denis Brookes, passionné d'ostéopathie crânienne et en 1964, réussissent le tour de force de faire venir un groupe de trois ostéopathes américains (Harod I. Magoun, Viola Frymann, Thomas Schooley, tous élèves directs de Sutherland) pour enseigner les bases de l'ostéopathie crânienne.
C'est à partir de ces années que sont nés plusieurs collèges ostéopathiques et que le courant de l'ostéopathie pratiquée par des kinésithérapeutes a pris son essor.
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1964 : les ostéopathes crâniens américains en France.
Assis, de gauche à droite : Thomas Schooley, Viola Frymann, Harold I Magoun.
Debout, à l'extrême gauche, René Quéguiner, à l'extrême droite, Francis Peyralade, Bernard Barillon.

Jusque dans les années 1980

A cette époque, la plupart des ostéopathes sont des kinésithérapeutes. Ils apprennent l'ostéopathie et l'utilisent dans leurs cabinets pour améliorer leur efficacité thérapeutique.
Cette situation présente des avantages :
  • Kinésithérapeutes, ils possèdent déjà l'essentiel des bases scientifiques de l'ostéopathie, notamment l'anatomie et la physiologie et de vastes notions de pathologie.
  • Travaillant déjà en clientèle ils peuvent facilement mettre en pratique ce qu'ils apprennent dans leurs cursus de formation.
  • Grâce à eux, le nom ostéopathie se répand progressivement dans l'esprit du public.
Mais la situation présente aussi quelques inconvénients :
  • Pratiquant l'ostéopathie sous couvert de la kinésithérapie, les patients assimilent, pour la plupart, ostéopathie et kinésithérapie, alors que ces deux professions n'ont, sur le fond, rien de commun.
  • Des milliers de kinésithérapeutes sont formés à l'ostéopathie et bien peu, parmi eux, deviennent véritablement ostéopathes.
  • Ils utilisent les techniques ostéopathiques comme de simples outils sans jamais s'engager vraiment dans la philosophie ostéopathique. Cela dévalorise passablement l'ostéopathie.

1981, la création du Registre des Ostéopathes de France

Au début des années 1980 commence à germer l'idée que l'ostéopathie mériterait un statut de profession indépendante.
Dans cet esprit, en 1981 quatre ostéopathes (Robert Peronneaud-Ferré, Jean Peyrière, Jean Josse et Régis Godefroy), créent le Registre des Ostéopathes de France.
L'objectif de cette association est clairement de promouvoir l'ostéopathie comme une profession indépendante. D'ailleurs, ne peuvent en être membres que les praticiens ayant renoncé à leur statut officiel de kinésithérapeute et acceptant de se déclarer ouvertement comme ostéopathes.
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Une période difficile

S'ouvre alors une période à la fois stimulante et difficile.
  • L'activité de pionnier apporte l'intense plaisir de la création et de la découverte. Les professionnels qui s'engagent dans cette voie sont animés d'une foi et d'une passion qui conduira finalement à la reconnaissance de la profession d'ostéopathe.
  • Mais se déclarer ouvertement ostéopathe les expose à la vindicte de l'ordre établi (en l'occurrence, l'Ordre des Médecins) voyant ces tentatives d'un fort mauvais oeil. C'est ainsi que de nombreux ostéopathes de cette époque sont traînés devant les tribunaux pour exercice illégal de la médecine.
  • Progressivement, cependant, l'ostéopathie devient de plus en plus connue et les mentalités évoluent progressivement vers l'acceptation de l'existence des ostéopathes qui savent, par ailleurs, se montrer efficaces dans nombre de domaines d'aide à la santé et le faire savoir...

A partir du début des années 1990

Des formations se créent destinées à enseigner l'ostéopathie à de simples bacheliers. Plusieurs conséquences en découlent, plus ou moins positives.
Dans le moins positif notons :
  • la formation pas toujours complète délivrée par ces établissements,
  • le manque d'expérience clinique des étudiants  issus de ces formations (ils n'ont pas eu accès aux services hospitaliers).
Parmi les plus positifs :
  • ces jeunes praticiens n'ont d'autre alternative que d'exercer l'ostéopathie et elle seule,
  • ils le font souvent avec passion détermination.
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2002 : La loi sur le droit des malades

En mars 2002 l'Assemblé Nationale vote la loi relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé, présentée par le ministre de la santé de l'époque, Bernard Kouchner.
Entre autre choses, cette loi reconnaît pour la première fois en France le droit d'exercer l'ostéopathie à des personnes n'étant pas docteur en médecine.
Mais cette loi ne précise pas
  • les critères retenus pour accorder aux praticiens le droit de porter le titre d'ostéopathe,
  • les critères retenus pour les établissements d'enseignement de l'ostéopathie,
  • la durée des études, le nombre d'heures, ni le contenu des programmes.
Ces points doivent être précisés par les décrets d'application à paraître ultérieurement.
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L'après 2002, l'ostéopathie n'est plus illégale

La pratique de l'ostéopathie n'est donc plus illégale, mais dans l'attente des décrets précisant les modalités d'exercice et de formation des ostéopathes, une étrange situation s'est développée :
  • De nombreux praticiens se sont tout à coup découverts ostéopathes...
  • Le nombre de collèges de formation a soudain explosé.
Ainsi, bien que reconnue, la profession connaît l'effet pervers de la multiplication de praticiens dont les motivations et la formation sont parfois bien incertaines.
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Les décrets d'application de mars 2007

Il faut attendre mars 2007 pour que, sous la pression de groupes professionnels d'ostéopathes, les décrets précisant les points clés de la profession soient enfin publiés.
Mais ces décrets, conçus à la va-vite et sans tenir compte des demandes et recommandations des organismes professionnels (sous la pression sans doute d'autres groupe professionnels...), ni même des conclusions des experts mandatés par le gouvernement lui-même, présentent nombre d'incohérences et de limites, pour certaines totalement illogiques au regard de la philosophie même de l'ostéopathie.
Enfin, ils existent et la profession est aujourd'hui reconnue, légalisée, son enseignement organisé (enfin presque)...
Mais, ces décrets sont sur nombreux de points fort vagues et ne limitent pas le nombre de collèges de formation agréés, de sorte que la profession risque rapidement de se trouver saturée.
Plus grave : l'accès aux études n'étant limité par aucune exigence, le nombre de collèges aujourd'hui agréés ayant explosé, l'accès aux études d'ostéopathe est totalement libre, pour tout bachelier.
S'engagent ainsi dans cette profession nombre d'étudiants qui ne veulent pas affronter les difficultés d'accès à d'autres professions médicales ou paramédicales ou qui ont simplement échoués à leurs examens.
Parmi eux, beaucoup ne connaissent pas l'ostéopathie, ignorent tout de ses essentiels et voient cette profession comme un simple « job », un « job comme un autre », qui a plutôt bonne presse, ainsi que la réputation d'être lucratif...
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Qui peut se dire ostéopathe aujourd'hui ?

Toute personne ayant obtenu son agrément professionnel auprès de la DRASS de son département d'exercice professionnel peut se déclarer ostéopathe.
Cela regroupe nombre de statuts différents.
  • les ostéopathes de formation initiale (formés après le bac),
  • les kinésithérapeutes formés à l'ostéopathie,
  • les médecins formés à l'ostéopathie,
  • toute personne ayant pu justifier auprès des DRASS d'une formation complète à l'ostéopathie,
  • toute personne ayant suivi un cursus complet de formation à l'ostéopathie et ayant satisfait aux examens de fin d'études ostéopathiques.

En France, à l'époque de Still

A l'époque de Still, où en était la France à ce moment là dans sa médecine « rebouteuse » ?
Le reboutement est un technique thérapeutique ancestrale qui, depuis la plus haute Antiquité a été pratiquée et enseignée dans tous les grands courants thérapeutiques connus.
Au cours de l'histoire, médecine et reboutement se sont séparés, le courant médical tentant de s'écarter de l'empirisme en optant pour une voie de savoir, transmis dans les universités et les facultés. Cette voie ne pouvait convenir au reboutement, essentiellement pratique, fondé sur un savoir-faire, transmis par compagnonnage.
Imbus de leur savoir, mais souvent privés de savoir-faire, les tenants du système médical, se sont très tôt démarqués de ce courant, au point de considérer les praticiens empiriques (chirurgiens, rebouteux, etc.) avec condescendance, voire même souvent avec mépris.
À la fin du XIXe siècle, les rebouteux étaient nombreux en France, surtout dans les campagnes. À cause de leur efficacité et du service rendu, que le médecin ne pouvait rendre, ils étaient relativement tolérés.
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Pas d'équivalent en France ?

Au moment où Still découvrait l'ostéopathie aux Etats-Unis, est-on sûr que personne en France (ou en Europe) ne menait ce genre de recherches ?
Tolérés, les rebouteux devaient rester discrets afin d'éviter autant que possible des attaques juridiques aux conséquences particulièrement lourdes à l'époque. De plus, leur bas niveau de connaissance en sciences de base de la médecine et en philosophie, les cantonnaient à la pratique de leur savoir-faire. Beaucoup parmi eux n'étaient même pas lettrés.
Ces barrières n'existaient pas dans Middle West américain au temps de Still. La liberté d'esprit et d'entreprise d'un pionnier ne saurait se comparer aux carcans culturels, sociaux et juridiques enserrant la plupart des individus de la vieille Europe.
Ce qu'a fait Still a été possible parce que la médecine n'était pas réglementée et que les conditions extrêmement précaires obligeaient les individus à chercher toutes les solutions possibles, même les plus originales. Choisir librement les moyens diagnostiques et thérapeutiques, déterrer les cadavres des tumulus indiens pour les autopsier, tester sans retenue différents systèmes, oser hardiment établir un concept s'opposant au dogme médical, tout cela n'était guère envisageable en France à cette époque.
De plus, Still voulait autre chose qu'un savoir-faire, il avait soif de cohérence, ce qui lui a permis de tirer profit de tous les courants thérapeutiques et philosophiques qu'il a rencontrés, notamment l'œuvre du philosophe évolutionniste de la même époque, Herbert Spencer.
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Textes officiels de la réglementation

Voici un lien vers Légifrance afin de consulter les textes officiels de la légalisation.
Textes officiels de la légalisation de la profession


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